Séance publique (visio) du lundi 10/05/2021

Quel financement pour la Sécu élargie de demain ?

Intro de Michel C. : Le groupe « Loire sud » de la coordination nationale « Plus Jamais Ça » s’est donné pour mission une contribution spécifique concernant l’avenir de la Sécurité Sociale (ou de la protection sociale). En effet, nous explorons l’idée que le levier de la Sécu peut être puissant pour rendre « le monde d’après » bien différent du « monde d’avant »…
Dans des conditions sanitaires difficiles pour se réunir, le groupe d’animation a maintenu le programme consistant à offrir 3 séances publiques pour croiser les regards et faire avancer la réflexion.
– La 1ère séance publique (le 25/02) a été centrée sur l’extension souhaitable du champ d’intervention de cette « Sécu de demain »…
– Cette 2ème séance (le 10/05) est plus centrée sur la question des stratégies de financement
– Une 3ème séance (le 28/06) sera plus centrée sur la question de la « gouvernance » ou du contrôle démocratique du prochain système de protection sociale à mettre en place …

La présentation-débat de ce soir est stratégique en étant au carrefour deux séismes qui secouent –en ce moment– la pensée économique dominante :
En France, nous avons un système de Sécurité sociale, financé par la cotisation qui est une part de la valeur ajoutée à tous les biens et services produits. C’est une façon de penser la justice sociale en amont de la formation des prix et des revenus qui s’oppose à la pensée néo-libérale. C’est d’ailleurs pourquoi les réformes successives visent à le dénaturer. Mais l’actuelle crise sanitaire et écologique ont plutôt renforcé sa légitimité et la pertinence de le reconquérir et de l’étendre, pour un monde d’après basé sur le soin des hommes et des territoires…
Aux États-Unis une « nouvelle théorie monétaire » s’est aussi opposée à la pensée néo-libérale pour repenser le financement de la reconstruction d’une économie plus durable. Et la preuve de son succès est qu’elle n’est pas étrangère au succès des démocrates qui a permis le changement de gouvernement.
Le débat est vif en Europe aussi : Après la compensation de la baisse d’activité COVID par des financements publics, faudra-t-il que les États surendettés pratiquent l’austérité pour rembourser leur Banque centrale ? Et cette question en a parfois amené une autre : Les États ne devraient-ils pas, désormais, dans des conditions démocratiquement contrôlée, accéder à la monétisation des avances de moyens nécessaires à la reconstruction sanitaire sociale et écologique ?

La question du financement de la Sécu de demain est au croisement de ces deux questionnements. Et nous avons eu de la chance en obtenant l’accord simultané de trois auteurs inspirants que nous avions envie d’entendre sur ce croisement avant de poursuivre nos explorations.
– D’abord Bernard Friot, sociologue et économiste, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre, porteur d’une réflexion fondamentale sur le sens de la cotisation comme début d’alternative à l’économie néolibérale
– Ensuite Thomas Coutrot, économiste et statisticien, qui a coprésidé Attac France de 2009 à 2016. Il a notamment publié « Libérer le travail » (2018), et des articles sur la « monnaie fiscale complémentaire »
– Enfin Jean-Marie Harribey, économiste qui a aussi coprésidé Attac France de 2006 à 2009, puis son Conseil scientifique. Il a participé à l’ouvrage collectif « La monnaie, un enjeu politique » (2018), et a publié « Le trou noir du capitalisme » en 2020.

Bernard Friot nous a bien expliqué tout ce qu’avait de « potentiel révolutionnaire déjà là » notre dispositif initial de Sécurité sociale, d’où l’urgence de le reconquérir et de l’élargir aujourd’hui …
Thomas Coutrot nous a expliqué en quoi pouvait consister une stratégie de reconquête d’une forme d’autonomie de financement monétaire au service de la transformation sociale et écologique, dans un pays comme le nôtre, pour contourner la discipline de la zone euro en attendant que la BCE ne change radicalement de doctrine …
Jean-Marie Harribey s’est montré à la fois favorable à la philosophie qui anime les deux auteurs précédents et critique sur les conditions de faisabilité de certains aspects de leurs propositions. Sa vision très structurée de l’articulation entre toutes les notions à maitriser aura poussé à une réflexion approfondie à la fois les intervenants et le « public » de la soirée …
Puisque ces trois contributions ont été à la fois proches et partiellement décalées, un temps de « table ronde » a été aménagé pour que nos invités travaillent à des clarifications et ajustements de propositions.
Des rapprochements sont apparus. Des nécessités de poursuivre les réflexions également …
Après ces apports très riches, est venu le temps du débat, ou du moins de l’expression de quelques personnes du public en ligne. Ces sollicitations n’ont pas été très nombreuses mais auront été bien utiles pour obtenir quelques compléments …
En conclusion, Fanny Vincent a encore une fois a été chargée de nous faire part de son ressenti et de tenter sinon une synthèse, du moins une mise en perspectives de cette séance importante entre la première et la prochaine et dernière de ce cycle …